mercredi, 14 juin 2017 08:00

different perspective

Le centre d’accueil Assafina propose, du 5 au 8 avril à la galerie Tanit, une sélection de photographies réalisées par des personnes qui souffrent d’incapacités motrices et cognitives. Mayaline Hage, directrice du centre, nous parle de ce projet. 

A diffèrent perspective’, de quoi s’agit-il ?
Je suis à la direction du centre Assafina depuis 2012. Dans le cadre de ma mission, j'ai toujours cherché à accorder une place importante aux activités artistiques, misant sur l'expression artistique. Ce projet de photographie est né de ma rencontre avec George Barbari, jeune photographe et réalisateur, qui partageait cette même vision et voulait l'explorer à travers la photographie. Nous avons donc mis en place un atelier de photographie dont le résultat a dépassé toute attente. Cette exposition est le fruit de deux années de travail (discontinu), une dizaine d'excursions et la sélection parmi des centaines d'images de nos douze photographes.


Décrivez-nous le parcours des personnes à besoins spéciaux dans l’atelier de photographie
L'approche de George était au final peu académique. Des appareils digitaux basiques de type "Point and Shoot’’ leur ont été fournis. L'idée consistait à leur offrir une liberté totale de voyager à travers leurs yeux, au-delà de toute considération du "beau" ou du "bon". Certains n'avaient même jamais entendu ou acquis ce qui était transmis, en raison de leurs limitations (surdité par exemple..). Mais cela ne les a pas empêché de réaliser de magnifiques photos.


Quelle place occupe l’art dans la vie de vos résidents ? 
Une place de plus en plus grande je l'espère. Nous avons pour projet de monter une académie d'art en bonne et due forme pour personnes ayant des incapacités physiques ou cognitives. A ce jour, nos bénéficiaires font déjà de la peinture, de la mosaïque, du théâtre, de la danse, de la musique et de la photo. Ce sont des activités auxquelles ils s'adonnent avec passion et joie. 

L'art est-il thérapeutique ? Il l'est pour nous tous. Je suis chanteuse et musicienne depuis près de 15 ans et cette activité est nécessaire à mon existence, voire vitale. Qu’en est-il pour des personnes dont l'expression verbale, physique est un défi ? En tant qu'accompagnateurs, nous leur devons l'accès à l'expression artistique pour palier au mieux à l'enfermement dont ils souffrent.
Mais au-delà de l'aspect thérapeutique, l'aspect artistique de leur travail lui-même est un apport considérable, formidable même. Je pense qu'il faut vraiment sortir de cette dichotomie ou cette condescendance "nous", "eux", et instaurer une relation d'échange. L'art nous le permet ; nous faisons des activités artistiques ensemble parce qu'elles sont thérapeutiques, certes, mais aussi parce qu'ils sont des artistes formidables, et c'est le message que nous cherchons à véhiculer à travers cette première exposition.

Quel est le but du centre d’accueil Assafina ? 
Notre but à ce jour est d'accompagner au mieux nos résidents, des adultes et jeunes adultes ayant des incapacités motrices et cognitives. Nous leur offrons chaque jour, de 8h00 à 2h00, une palette de soins indispensables (physiothérapie, orthophonie, psychomotricité, accompagnement psychologique), des ateliers de travail (cuisine, mosaïque, paille, papier-mâché) et des activités artistiques (théâtre, danse, peinture, musique, photo).


Quels sont vos prochains projets ?
Notre objectif est de développer notre centre en un lieu de résidence et de travail, ainsi qu'une académie d'art adaptée pour les personnes ayant des incapacités motrices ou cognitives. Aujourd'hui nous ne pouvons accueillir que 15 personnes en internat, en raison de nos limitations actuelles. Mais la demande est énorme, la majorité des personnes en situation d'handicap est adulte et non-intégrée. Les familles sont en détresse et ne peuvent ou ne pourront plus s'en occuper, nous nous proposons de créer un véritable lieu d'accueil et de travail où nos résidents pourront vivre et s'épanouir, développer leur talents et capacités tout en maintenant des relations positives avec leur familles et l'environnement social. Nous espérons pouvoir continuer à travailler sur une conscientisation nouvelle de la société concernant les personnes en situation d'handicap à travers des initiatives comme l'exposition ‘A diffèrent perspective’, avec un jour, pour eux, nous l'espérons, plus de droits, plus d'opportunités, l'accès à une vie digne.

http://www.agendaculturel.com/Art_A_different_perspective_la_photo_au_service_des_personnes_a_besoins_speciaux